Une nuit Bach

Samedi 11 octobre 2008
Théâtre du Beauvaisis, 20h00 : David Fray
Théâtre du Beauvaisis, 21h30 : Zhu Xiao-Mei

David Fray, piano : Documents disponibles au sein des Médiathèques
Zhu Xiao-Mei, piano : Documents disponibles au sein des Médiathèques

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Une nuit à deux, c’est commun, une nuit à deux avec Bach, cela l’est déjà moins, mais quand tout semble séparer les protagonistes, cela devient rare. Il y a en effet tout un monde entre les pianistes David Fray et Zhu Xiao-Mei. Mais Bach est leur langage commun, comme un trait d’union entre l’Orient et l’Occident.

david_fray_1©sasha gusov_virgin_classicsLe tout jeune David Fray, dont la carrière commence à toute allure, comme un enfant bénit des dieux, est né à Tarbes en 1981. Il fait ses études au Conservatoire supérieur de musique de Paris dans la classe de Jacques Rouvier, et en musique de chambre dans la classe de Christian Ivaldi et Claire Désert. Il y obtient en 2002 son diplôme de formation supérieure. Il bénéficiera en outre des conseils de maîtres tels que Dimitri Bashkirov, Menahem Pressler et Paul Badura-Skoda.

Alors qu’il obtient le deuxième grand prix au concours de Montréal, la firme canadienne Atma lui propose d’enregistrer un disque Schubert-Liszt aussitôt remarqué par la critique et le public. Son deuxième disque consacré à Bach et à Boulez, deux compositeurs que tout semble opposer et qu’il a l’audace de rapprocher, fait sensation. A cette occasion, il reçoit les conseils de Pierre Boulez qui le parrainera plus tard en Allemagne pour le prix des jeunes talents du « Klavier Festival Ruhr ».

Dès lors, il commence à jouer avec les plus grands chefs d’orchestre, Christoph Eschenbach, Kurt Masur, John Axelrod, Riccardo Muti, dont, pour la petite histoire, il vient d’épouser la fille Chiara.

De Bach à la Seconde Ecole de Vienne, le répertoire germanique est celui auquel David Fray affirme vouloir consacrer sa vie de musicien.

Pour le moment, Bach, au programme de sa nuit, est son compositeur fétiche, celui dont il creuse les œuvres sans cesse.

Méditation spirituelle, le Vingt-quatrième Prélude et fugue en si mineur de Bach conclut en une apothéose grandiose le Premier livre du Clavier bien tempéré. Puis David Fray enchaîne avec la Sixième Partita en mi mineur, dernière d’une série de suites instrumentales pour clavecin que Bach a baptisées partita, et qui comporte chacune six à sept mouvements, dont quatre danses (allemande, courante, sarabande, gigue).

Enfin, il termine par la transcription par Busoni du Choral de Bach Allein Gott in der Höh’sei ehr, une pièce majestueuse.

zhu_xiao-mei©julien_mignotZhu Xiao-Mei succède à David Fray pour la seconde partie de la nuit Bach., Chinoise, Zhu Xiao-Mei a vécu l’épouvante de la révolution culturelle. Elevée dans une famille bourgeoise, elle a grandi dans le goût de la civilisation occidentale. Chez elle, il y a un piano sur lequel elle s’exerce, tant et si bien qu’elle est admise au Conservatoire de Pékin en 1960. Mais en 1964, la Chine bascule dans la folie. La musique occidentale est interdite, et au Conservatoire, l’étude du petit livre rouge remplace celle des partitions…

Travail forcé aux champs puis cinq ans de rééducation dans un camp, c’est le prix qu’elle paie pour aimer Beethoven et Bach…

En 1980, elle part aux Etats-Unis où elle travaille comme serveuse de restaurant. Mais la musique ne la quitte pas : elle reprend le piano à zéro grâce à l’aide du grand Rudolf Serkin, à l’université de Marlboro.

Aujourd’hui elle vit à Paris où elle enseigne au Conservatoire supérieur de musique. Cette histoire singulière, elle la raconte dans son autobiographie La Rivière et son secret (Robert Laffont).

C’est dans la figure du Cantor de Leipzig et dans les Variations Goldberg que Zhu Xiao-Mei a puisé le courage de lutter pour survivre. Bach qui est pour elle « la réincarnation d’un grand sage chinois. » Cette oeuvre qu’elle a enregistrée et qui vient d’être rééditée (Mirare) ont été publiées en 1742. Elles doivent leur nom aux insomnies du Comte von Keyserling, l’ambassadeur de Russie auprès de la cour de Saxe… Afin de combler ses nuits sans sommeil, il commanda à Bach des pièces pour clavecin que le claveciniste Johann Gottlieb Goldberg jouait dans la chambre contiguë à la sienne. C’est ainsi qu’est né un des sommets de l’art occidental ! Si le titre exact que lui avait donné Bach est « Aria avec quelques variations pour clavecin à deux claviers », rien n’interdit aux pianistes de s’approprier cette oeuvre. Une œuvre salvatrice qui a apporté la sérénité à Keyserling et qui a insufflé à Zhu Xiao-Mei la force de la vie.

Nathalie Krafft

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